
Louma by Seggfaye · le Guedjologue
Chaque poisson a un nom avant d'avoir un prix.
Les 76 espèces marines du Sénégal — poissons, coquillages, crustacés — avec leur nom wolof, français, anglais et scientifique. Les 18 cartes bordées d'or sont celles qui deviennent un produit à la boutique : un clic mène à la fiche.
D'après les planches Espèces démersales et Espèces pélagiques marines du Sénégal (CRODT), relevées au zoom et recoupées avec la liste FishBase des noms wolof et lébou. Le wolof officiel est reproduit exactement comme sur la planche ; quand elle écrit un nom latin de travers, la graphie scientifique valide est indiquée sous la carte.
Deux orthographes, un seul poisson. La planche écrit le wolof en alphabet officiel, la boutique en graphie francisée : c → th, x → kh, j → di, ñ → gn. Ainsi Coof est le thiof, Njaane le diane, Sipax la crevette cipakh, Paañ le pagne. Le latin le prouve à chaque fois.












































































Aucun nom ne correspond.
Une planche n'est pas une vérité : c'est une source de plus. Quatre noms se contredisaient d'une source à l'autre. Ils sont réglés — et dans trois cas sur quatre, ce n'était pas un désaccord sur l'espèce, mais sur le mot.
La fiche disait « diarégne (pageot) ». C'était faux : le pageot, c'est le youfouf — nom lébou, tikki en wolof.
Le diarégne vient du lébou jaroñ. C'est le denté à gros yeux (Dentex gibbosus), appelé « dent long fil » sur les marchés sénégalais — d'après le filament qui prolonge sa nageoire dorsale. Et c'est de « dent long fil » que vient le « colas fil » des étals français.
Ce n'est pas un nom wolof. C'est un surnom français : la diaspora ne connaît pas le nom du poisson, elle voit qu'il est plat, elle dit « plat plat ».
Le mot décrit une forme, il ne nomme pas une espèce — d'où le fait que la planche le donne aussi à Chloroscombrus chrysus, un autre poisson plat. Le poisson vendu sous ce nom, lui, est bien l'ileer geej, le forgeron ailé.
Reconnu sur un rush de pêche : varices lamelleuses, spire haute, surface hérissée. C'est un murex.
Trois indices concordants : la coquille a des pointes, il faut la casser pour extraire la chair, et on le ramasse avec les coques — normal, le murex s'en nourrit. La planche l'appelle yooxoñ, mais chez Louma ce mot désigne les huîtres. Même coquillage, deux mots.
La planche et FishBase attribuent « sompatt » à deux grondeurs différents. Mais FishBase donne « sompaat » et « carpe blanche » aux deux.
« Sompate » est donc un nom de marché qui couvre deux espèces voisines, pas le nom d'une espèce. Il n'y avait rien à trancher.
Trois de ces quatre « contradictions » venaient du même malentendu : un mot n'est pas une espèce. La planche nomme des espèces, le marché nomme des formes et des usages. Les deux ont raison dans leur registre.
Noms : planches CRODT Espèces démersales et Espèces pélagiques marines du Sénégal, FishBase Sénégal, et les noms du marché validés par Lamine Faye, le Guedjologue.
Photos : Louma by Seggfaye pour les produits de la boutique ; Wikimedia Commons (licences libres, auteur indiqué sous chaque photo) ; DORIS (FFESSM), aquaportail.com, souslesmers.fr, iNaturalist et FishBase pour les autres. Les droits restent à leurs auteurs. Vous êtes l'auteur d'une photo et souhaitez une mention différente ou un retrait ? Écrivez-nous, c'est fait sous 48 h.
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